Trois femmes puissantes de Marie NDiaye

18.4.17

Trois femmes puissantes de Marie NDiaye

Résumé:

Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.

Mon avis:

Le destin bouleversé de trois femmes.
Norah, tout d'abord, qui n'a jamais connu d'amour paternel, son père étant un être incapable d'aimer, égoïste et méchant. Il a kidnappé le frère de Norah alors qu'ils n'étaient qu'enfants, brisant leur mère et cette famille fragile. Malgré cela, il osa, des années plus tard, lui demander de l'aide, utiliser son expertise d'avocate pour faire sortir son frère de prison où il se retrouve par sa faute.
Les retrouvailles bouleversent Norah qui ne sait plus qui elle est, se met à douter de son couple et de sa qualité de mère. Cet homme horrible qu'est son père ne l'émeut presque plus, elle est sous le choc de découvrir à quel point, par son égocentrisme, il a détruit la vie de tous ces proches.

Fanta, quant à elle, voit son destin bouleversé par son mari Rudy qu'elle a suivi en France pensant pouvoir y exercer son métier d'enseignante. Mais celui-ci lui a caché bien des choses, dont les raisons de leur exil forcé. Rudy ne pourra plus jamais enseigner, il occupe des petits emplois, des métiers manuels, très loin de sa vocation d'intellectuel. Fanta, déracinée, reste à la maison à s'occuper de leur fils, une existence bien monotone qui la fait sombrer dans le désenchantement. Rudy ne la reconnaît plus, elle, autrefois si expressive, si vivante, est aujourd'hui éteinte et il en porte l'entière responsabilité.

Enfin, il y a Khady Demba, qui connaît le destin le plus tragique. Après la mort de son mari, qui était adorable, elle se retrouve dans sa belle-famille qui l'est nettement moins. Sans avoir réussi à concevoir de descendance, sans posséder quoi que ce soit, elle est aujourd'hui un fardeau pour sa belle-famille et cette dernière souhaite se débarrasser d'elle. Ils trouvent enfin une "solution" en lui donnant de l'argent et la chassant. C'est seule qu'elle entame son exil avant de rencontrer un jeune homme qui la prend sous son aile. Il prend les choses complètement en mains, la protège. Ils se lient d'amitié, couchent ensemble un soir. Sauf que, dépouillés au passage d'une frontière, Khady Demba se retrouve contrainte à la prostitution pour leur survie. Elle connaît alors l'horreur, un quotidien froid, qu'elle garde à distance pour ne pas perdre la tête, elle se rattache à qui elle se souvient être.
Une nuit, son compagnon de voyage s'en est allé, en douce, emportant avec lui toutes les économies durement acquises de Khadi Demba et la laissant dans toute sa précarité, sa détresse de femme abandonnée, salie, usée par une existence qui ne lui a rien épargné.

Parmi les sujets récurrents dans le roman, outre la culpabilité des hommes, présentés comme égoïstes et immatures, on retrouve la solitude, l'exil et la maternité.

La solitude de ces femmes est particulièrement émouvante, elles n'ont pas de soutien, doivent faire appel à leur courage pour survivre, en se battant seule pour préserver leur dignité, dans la détresse d'une existence qui leur a échappé. Le courage est aussi dans la résignation, ces femmes survivent, elles sont puissantes.
Autre sujet important, la maternité: difficile voire impossible, obstacle entre un mari et sa femme.

J'ai beaucoup aimé ce roman car il m'a bouleversé. Le personnage de Khady Demba m'a particulièrement impressionnée par sa force quand le personnage de Rudy m'a exaspéré par ses incessants questionnements existentiels.
L'utilisation par l'auteur à travers tout l'ouvrage de l'oiseau comme symbole de liberté, d'échappée, m'a fait penser à l'écriture de Boris Vian dans L'Ecume des Jours, dans cet usage du concret pour représenter l'abstrait, l'intériorité. J'ai bien apprécié cette écriture à la limite du surréalisme par moment.

Ma seule réserve à l'égard de cet ouvrage serait la façon dont les personnages masculins sont représentés, le fait qu'ils soient systématiquement responsables du malheur m'a semblé un peu facile, j'aurais apprécié qu'ils se retrouvent moins diabolisés, dans un soucis de réalisme car je suis persuadée que si ces personnages sont devenus aussi ignobles ce n'est certainement pas sans raisons. Mais je comprends bien que l'auteure n'a pas voulu s'éparpiller, son sujet était les femmes et elle les a parfaitement représenté, les a parfaitement raconté.

En tout cas, je vous recommande chaleureusement cette lecture profondément féministe et qui aborde, même si de façon non directe, les sujets de l'exil et de l'immigration, sujets importants et particulièrement d'actualité.

Ma note: 7/10


Auteure: Marie NDiaye
Prix: Goncourt 2009
Editeur: Gallimard
Parution: 20 août 2009
Pages: 316
EAN-13: 9782070786541

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