La Dame en blanc - William Wilkie Collins

by - 15.10.17

La Dame en blanc

"Le chef d'oeuvre de Collins n'a jamais cessé d'être dans les pays anglo-saxons un succès populaire; l'un des plus sûrs moyens, en tout cas, d'empêcher le lecteur de dormir."


C'est Victoria, du blog Mango&Salt, qui m'a donné l'idée de cette lecture avec sa sélection culturelle spéciale Hallowctober.
Je n'avais jamais entendu parlé de cette auteur anglais du XIXe siècle et ce fût une très bonne découverte!

Biographie de l'auteur

William Wilkie Collins (1824-1889) est un auteur anglais de l'époque victorienne, il est né à Londres et y passa quasiment toute sa vie.
Une technique narrative audacieuse, des personnages inquiétants ou ridicules, une fascination pour la gémellité et la difformité, ces ingrédients firent le succès de cet auteur peu conventionnel.
La Dame en blanc fût d'abord publié en 1859/60 sous forme de feuilleton dans le journal de Charles Dickens. Ce fût le premier grand succès de Wilkie Collins.
L'oeuvre obtint la 28e place dans le classement des cent meilleurs romans policiers de tous les temps établi par la Crime Writers' Association en 1990.
Jorge Luis Borges admira le talent de Collins et le considéra comme l'initiateur du roman moderne
Il eut quelques aventures amoureuses, parfois simultanément et ne se maria jamais.
Souffrant de la goutte, il calmait sa douleur par l'opium (sous forme de laudanum) dont il fût dépendant et qui lui causa de nombreuses crises de paranoïa. Il en fit d'ailleurs le sujet de son roman "La Pierre de Lune".

Contexte de l'oeuvre

Lieu: Londres et la campagne anglaise, la demeure de Limmeridge
Epoque: Début du XIXe siècle
Thèmes: Epoque victorienne, Amour, Famille, Héritage, Aristocratie

Résumé de l'éditeur

Walter Hartright, peintre de son état, porte secours une nuit à une mystérieuse « dame en blanc » que semble poursuivre une obscure menace. Cette rencontre est-elle le fruit du hasard ? La jeune femme, parmi des propos incohérents, laisse entendre qu'elle est familière d'un lieu où il doit prochainement se rendre : le manoir de Limmeridge, perdu dans les brumes du nord. On ne saurait raconter la suite, sous peine de crime, à des lecteurs qui ont la chance d'avoir encore à découvrir La Dame en blanc. Disons que Walter sent se nouer autour de celle qu'il aime un implacable complot. Des gentlemen irréprochables épouseront de tendres jeunes filles dans l'espoir de les déposséder de leur fortune - et peut-être de les assassiner. Un mystérieux comte italien invite chez lui une belle qui meurt fort opportunément d'un arrêt du coeur. Un asile d'aliénés accueille avec complaisance des « patients » internés de force par d'honorables familles soucieuses d'écarter des témoins gênants. Deux femmes assez téméraires pour chercher à débusquer la vérité derrière le mensonge des puissants vont se retrouver séquestrées de la plus sournoise façon. Une morte s'offre le luxe rare de ressusciter, et jette le trouble dans quelques âmes qui ont de vilaines choses à se reprocher. Trois innocents s'enfuient à travers les bas quartiers de Londres, poursuivis par des tueurs sans visage. Une société secrète fait poignarder sans bruit les traîtres à sa cause. Et la vérité finit par se faire jour - mais en laissant beaucoup de cadavres derrière elle. et bien des ombres insistantes.

Ce que j'en pense 💓

Intrigue

Sorte de Hitchcock de la littérature, Wilkie Collins magne les ficelles du roman policier à la perfection. Tous les ingrédients sont réunis et très justement dosés: péripéties multiples, suspens, pièges, manipulation, rebondissements.

L'histoire est très originale, la première partie bucolique et romantique m'a énormément plu, je m'imaginais très bien cette Angleterre des romans de Jane Austen. Les descriptions étaient pleines de fraîcheur et de poésie.
Puis, l'atmosphère changea, et le cadre charmant laissa place à une ambiance gothique et angoissante.
J'ai été un peu déçue par la fin du roman car je m'attendais à un récit fantastique. C'est principalement ma faute car le titre du roman et son ambiance m'ont induite en erreur sur son genre littéraire.
Nous sommes en présence d'un roman policier.
Hormis cela, j'ai également été un peu déçue par quelques passages de l'intrigue qui m'ont semblé assez invraisemblables et/ou bâclés (comme la mort de certains personnages ou bien certaines retrouvailles #nospoil).

Personnages

Gros point fort de ce roman, ses personnages très profonds et charismatiques. J'ai beaucoup apprécié le fort contraste entre les différents protagonistes.
Tout d'abord, il y a William Hartright, ce jeune professeur de peinture passionné, qui tombe follement amoureux d'une de ses élèves, la jeune Laura Fairlie.
William est un personnage profondément généreux, avec un grand sens du devoir, son amour est si fort et sincère qu'il est prêt à tout pour protéger l'intégrité de sa bien-aimée.
Les descriptions du sentiment amoureux dans la première partie du roman sont d'une beauté exquise.

Parmi les autres personnages emblématiques, on peut également citer Marian Halcombe, la belle-soeur de Laura Fairlie.
Cette femme de caractère, intelligente, indépendante et au physique ingrat, m'a beaucoup plu.
Elle est d'une droiture et d'un courage exemplaires, toujours là pour soutenir sa soeur et ses proches.
Nous ne pouvons que saluer la présence d'un personnage aussi féministe dans un écrit classique du XIXe siècle.

Troisième personnage aussi important qu'insupportable: le comte Fosco. Cet homme malsain au charme fou, qui manipule comme il respire, donne au roman une profondeur incroyable.
On ne le découvre vraiment qu'en deuxième partie de roman, son apparition fait l'effet d'un gaz toxique, polluant tout autour de lui par sa nature machiavélique.
Sa passion pour les animaux domestiques et son côté maniaque lui donne encore plus l'air d'un psychopathe. C'est un personnage passionnant, qu'on adore autant qu'on déteste.

Chose étrange, la Dame en blanc n'est pas très présente physiquement dans l'intrigue même si les personnages en font mention très souvent.

Enfin Laura Fairlie, un des personnages centraux de l'intrigue, est une jeune fille assez introvertie, fragile. Elle possède, elle aussi, un sens du devoir et du sacrifice assez incroyable.
C'est une jeune fille obéissante et sage qui ne peut cependant pas contrôler ses sentiments.

Rythme

L'architecture narrative est originale. L'histoire est rapportée à travers différents témoignages, à la façon d'une enquête policière. Ce récit choral permet d'obtenir différents points de vue, différents détails, de donner du relief à l'intrigue, c'est très intéressant car cela maintient l'intérêt du lecteur.
Je regrette cependant quelques longueurs, surtout dans la dernière partie du roman.
J'ai malheureusement vu la fin venir beaucoup trop tôt et j'ai été un peu déçue par le happy end assez banal.

Ecriture

L'écriture de Wilkie Collins est superbe, élégante, simple mais évocatrice. Il dépeint les sentiments comme personne.
Le portrait de la Dame en blanc en début de roman est très réussi, les descriptions font monter l'angoisse, ce qui rapproche alors l'ouvrage du genre fantastique par ce qu'il provoque en nous: frayeur et stupéfaction.

J'ai beaucoup aimé cette lecture classique, le style d'écriture romantique, l'architecture narrative originale et l'intrigue efficace, tout cela contribue à donner aux lecteurs de grands plaisirs.


La Dame en blanc

💬

"La femme qui la première donne vie, clarté et forme à la très vague conception que nous avons de la beauté comble en nous un vide dont jusque-là nous n'avions pas conscience. Des sympathies trop profondes pour que les mots les expliquent, trop profondes même pour que la pensée les saisisse, sont alors réveillées par des charmes mystérieux qui existent aussi bien dans notre âme que dans l'âme de la femme aimée."
...
"C'est tout un art de savoir apprécier les merveilles de l'univers sensible, et c'est ce que la civilisation nous enseigne chaque jour. Mais cet art, le pratiquons-nous hors de moments où nous sommes inoccupés et enclins à la paresse?"
...
"Il doit certes y avoir une raison profonde à ce manque d'union entre la créature et la création: cette raison se trouve peut-être dans la différence qui existe entre les destinées de l'homme et de la sphère sur laquelle il vit. Les plus hautes montagnes que l'oeil puisse voir sont vouées à l'anéantissement; le moindre intérêt qui puisse faire battre un coeur pur devient immortel."
...
"Je distillai le poison profanateur de nos conventions sociales dans ce coeur pur et innocent, tandis que ce qu'il y a de meilleur en moi frémissait de devoir accomplir une tâche aussi affreuse! C'est chose faite à présent: Laura a appris la dure et inévitable leçon. Toutes les illusions de sa jeunesse se sont envolées..."
...
"Aux yeux de la société, cet extraordinaire changement est sans nul doute admirable, puisque cette femme est devenue polie, réservée, silencieuse. Jusqu'à quel point son être intime est réellement amendé ou jusqu'à quel point il est dégradé, c'est une autre question."
...
"Quand un jury anglais doit choisir entre un fait apparemment évident et une opposition demandant de longues explications, il préfère l'évidence sans explication."
...
"Comme une ombre, elle m'était apparue dans la solitude de la nuit; comme une ombre, elle s'était évanouie dans la solitude de la mort!"


Un classique, l'ancêtre de nos thrillers modernes, à découvrir!
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