Le héron de Guernica d'Antoine Choplin

by - 3.10.17

Le héron de Guernica


J'avais déjà lu ce court roman il y a un an, il ne m'avait pas laissé un souvenir mémorable. 
Malgré cela, j'ai eu envie de le redécouvrir pour partager mon avis avec vous! 

Résumé de l'éditeur

Avril 1937, le bombardement de Guernica fournit à Picasso le sujet de sa plus célèbre toile. 
A l'opposé du travail du Maître, Basilio, jeune peintre autodidacte, s'absorbe dans l'observation des hérons qui hantent les marais des alentours...
Alors que l'aviation allemande réduit la ville en cendres, il tente, par son art, de saisir la dignité et la fragilité de l'oiseau au milieu de cette folie.

Mon avis

Le roman s'ouvre sur l'errance de Basilio dans les rues de Paris, nous sommes en 1937, le jeune homme, personnage principal du récit, a fait le déplacement pour découvrir la dernière toile de Picasso sur le massacre de Guernica, exposée dans le cadre de l'Exposition internationale des Arts et Techniques.
Le célèbre artiste s'est inspiré des journaux pour créer cette oeuvre magistrale, alors que Basilio, lui, était sur place et à assister à l'acharnement des bombes.

Par un ingénieux flashback, nous nous retrouvons dans la petite ville espagnole de Guernica, où nous suivons d'abord le quotidien du jeune Basilio, rencontrons son entourage, découvrons sa passion pour la peinture et son admiration pour le héron du pont de Renteria.
Basilio est un garçon à part, on ne connaît rien de son passé, il a un sens de l'esthétique très développé et est capable de s'émerveiller de peu de choses, c'est un personnage très touchant.
Cette partie du roman est plutôt agréable bien que manquant de rythme, je me suis un peu ennuyée. 
L'écriture est concise, saccadée. Les dialogues avalés, sans ponctuation car ce ne sont que des souvenirs.
Les personnages sont attachants bien qu'à part Basilio, ils ne soient pas très approfondis. 

Puis, les avions arrivent et commencent à lâcher leurs bombes sur le berceau de Basilio, sa ville, ses amis.
L'horreur fait irruption dans le roman de manière assez spectaculaire, les scènes de guerre sont éprouvantes, rappelant, dans les descriptions qu'en fait l'auteur, le célèbre tableau de Picasso.
La peinture est le refuge de Basilio, qui, face à l'horreur, préférera contempler la beauté du héron, toujours stoïque, toujours digne.

Plusieurs parallèles intéressants peuvent être fait dans ce récit, tout d'abord entre Basilio et ce héron qu'il peint et repeint sans cesse et dont il n'arrive jamais à capturer l'essence.
Ces deux là semblent en effet être le reflet l'un de l'autre; à la fois sauvages et calmes, ils s'observent mutuellement pendant de longues heures et à la fin du roman, se retrouvent tout deux blessés.
En écho au tableau de Picasso, ce récit est un témoignage de la guerre, un manifeste pour la paix et surtout une ode à l'art

Guernica de Picasso

Citations

" Tu me fais marrer, grogne Rafael.
Pourquoi?
Et tu me demandes pourquoi. Alors celle-là.
Il force un éclat de rire.
T'as l'aviation allemande qui nous passe à ras la casquette et qui balance des bombes sur nos maisons et tu voudrais qu'on s'émerveille devant un héron qui s'envole."

"Un peu après, il y a le cheval à demi calciné de la croupe à l'encolure. Il est encore secoué de rares soubresauts. Il a cessé de tirer sur sa chaîne; il gît sur l'échine à l'entrée de l'étable, les fers en l'air. Sa langue sort comme un dard de la gueule restée grande ouverte."

"Il lui apparaît que la vérité de ce qu'ils sont en train de vivre, lui et ceux de Guernica dont le coeur n'a pas cessé de battre, ne peut s'accommoder de découpages. 
C'est un tout dont on ne peut rien extraire sans risquer la supercherie. Ce qui se voit ne compte pas plus que ce qui reste invisible, que ce qui pourrait apparaître, ou qui se tient en attente derrière les angles des murs; que ce qui va surgir, d'un instant à l'autre, du ventre des nuages."

"Avec cette proximité nouvelle, Basilio éprouve la modification de son regard. C'est comme si l'oeil du peintre avait perdu de son acuité et de sa rigueur. Il s'est brouillé sous l'effet de suggestions plus prégnantes, d'une autre nature, à peine perceptibles mais déjà étrangement enveloppantes, froissements d'intimité, petits chahuts moléculaires.
Il a franchi le seuil de la toile, Basilio. Le voilà dans le tableau à son tour."

Ma note: 6,5/10

Intrigue (histoire, construction, suspens) 1,5/2
Personnages (profondeur, originalité) 1/2
Intérêt (thèmes abordés, réflexion) 2/2
Rythme (longueur, équilibre de l'oeuvre) 0,5/2
Style d'écriture (originalité, beauté) 1,5/2

Court roman très poétique sur l'art et son pouvoir, je recommande chaleureusement si vous êtes sensible à la beauté des choses simples et/ou si les récits de guerre vous intéressent.
Le livre dispo ici.


Auteur: Antoine Choplin
Edition: Points
Parution: 15/01/2015
Pages: 158
EAN-13: 978-2757843321

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