Le mec de la tombe d'à côté - Katarina Mazetti

by - 13.11.17


"C'est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d'amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures."

Je ne lis que très peu de romance d'ordinaire mais ce roman me tentait énormément car j'adore les éditions Babel et la littérature étrangère. Le titre a aussi attisé ma curiosité...


Biographie de l'auteur

Nationalité : suédoise 
Né(e) à : Stockholm , le 29/04/1944


Katarina Mazetti est née à Stockholm mais a grandi à Karlskrona un port au sud de la Suède.

Elle a obtenu une maîtrise en littérature et en anglais à l'Université de Lun, avant de travailler comme professeur, puis comme producteur de radio et journaliste. Elle a été également critique littéraire.

Son premier roman, "Le mec de la tombe d'à côté" était fondé sur son expérience en tant que femme d'agriculteur. Il a été traduit en 16 langues et a connu un grand succès. Vendu à 450 000 exemplaires en suédois, il sera traduit en 22 langues et adapté au théâtre, à la télévision et au cinéma. 

En 2002, le film est un succès, vu par plus d’un million de suédois.
Source Babelio


Contexte de l'oeuvre


Lieu: Suède
Epoque: contemporaine
Thèmes: Amour, Deuil, Classes sociales, Métiers, Agriculture, Choc des cultures


Résumé


Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'oeil de la stèle qu'il fleurit assidûment.
Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision.
Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie.
Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis...
C'est le début d'une passion dévorante.


Personnages


Désirée: Jeune veuve de 35 ans, douce et cultivée, bibliothécaire passionnée. Dans son grand appartement au design scandinave, Désirée subit sa solitude. Heureusement, elle peut compter sur son amie Märta.
Quand elle échange un sourire avec Benny, tout s'illumine à nouveau dans sa vie... enfin jusqu'à ce qu'elle découvre que Benny est agriculteur, vit avec vingt-quatre vaches et n'est pas très cultivé.

Benny: Jeune agriculteur, Benny est également très seul au fond de sa campagne. Ses deux parents sont décédés, il se retrouve seul pour gérer l'exploitation familiale, accablé par le travail.
C'est un brave homme, serviable bien qu'un brin macho, travailleur mais à la culture campagnarde.

Märta: Amie proche de Désirée, Märta vit une relation étrange et malsaine avec un homme divorcé. C'est une amie sincère et bienveillante.


Ce que j'en pense 💣

J'ai adoré ma lecture! Ce livre se savoure à chaque page, l'écriture est piquante, brute, l'humour très souvent au rendez-vous.


Deux solitudes qui se rencontrent

Désirée, qui a perdu son mari, souffre beaucoup de sa solitude. L'absence d'Orjän, son compagnon disparu, lui saute aux yeux chaque jour. J'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteure a traité le deuil de son héroïne, cette dernière étant surtout attristée par le vide laissé par la disparition de son conjoint plutôt que par un quelconque sentiment d'amour contrarié.
Heureusement pour Désirée, elle peut compter sur sa passion pour les livres et son métier de bibliothécaire ainsi que sur son amie Märta pour la sortir un peu de son marasme.
Face à cette femme, nous rencontrons Benny, un homme qui se laisse un peu aller, paysan qui s'assume avec deux doigts en moins à une main. Cet agriculteur, assailli par le travail, souffre aussi beaucoup de son célibat, même si, avec son métier, il a du mal à imaginer pouvoir vivre une vie de couple ordinaire.
Les deux protagonistes ont des points communs mais sont très différents, au niveau de leur apparence physique mais aussi de leur culture et de leur style de vie. Les opposés s'attirent, dit-on.
Leur coup de foudre au cimetière est un des passages du livre que j'ai préféré, c'est tellement inattendu, surprenant, poétique. J'en aurais presque verser ma larme!
Nous suivons cette histoire d'amour au travers du ressenti des deux personnages car chaque chapitre, en alternance, donne la parole à l'un de nos deux tourtereaux.
Cette façon de faire est très habile car les événements ne sont pas du tout vécu de la même façon par l'un et par l'autre, les malentendus sont très souvent au rendez-vous.
En tant que lecteur, c'est vraiment très plaisant de pouvoir aborder cette relation de deux angles différents et opposés.
Je me suis énormément attachée aux personnages, Désirée, en qui je me suis pas mal reconnue, et Benny qui m'a beaucoup touché.

Choc des cultures

La grande force de ce roman est de mettre en avant une histoire d'amour atypique qui lie deux êtres aux univers opposés. Bien qu'on dise souvent que les opposés s'attirent, leur style de vie est tellement différent qu'il n'est pas simple pour chacun d'eux de s'accommoder de celui de l'autre.
L'amour est au rendez-vous, brûlant, touchant, magique mais cela ne suffit pas toujours.
Cette histoire est bouleversante, merveilleuse, le lecteur se retrouve au coeur de l'histoire, concerné par le destin de ces deux personnages si attachants.
Malheureusement, sans concession, le couple ne peut pas survivre.
D'un côté, nous avons une grande exploitation agricole qui réclame au minimum une dizaine d'heures de travail par jour, pas de vacances et un réveil à 5h tous les jours. Tout cela en occupant une maison rustique, perdue au milieu des champs, au papier peint vieillot et sali, entouré d'un milliard de bestioles.
De l'autre, une vie citadine, mouvementée, une activité importante faite de relations humaines et de livres, un appartement classique, propre et lumineux.
L'auteur nous décrit les deux univers avec beaucoup de réalisme, on comprend assez rapidement que cette histoire risque d'être compliquée.

En conclusion, ce livre est une pépite, une romance peu ordinaire et merveilleuse. 
Les personnages sont adorables, le livre bourré d'humour et de réalisme.
L'écriture de Katarina Mazetti est superbe, ce roman se dévore très rapidement, aussi par le fait que chaque chapitre donne un ton différent, on ne s'en lasse pas.
La fin du roman ne m'a pas du tout déçu, elle correspond très bien à cette histoire peu banale. 
J'ai hâte de lire la suite de cette romance nommée "Le Caveau de famille", pour connaître l'avenir de ce duo au charme fou.

Le mec de la tombe d'à côté

💬

"Je passe au moins une heure ici, à chaque fois, avant de m'en aller. Dans l'espoir sans doute de susciter un chagrin de circonstance, à force d'acharnement. On pourrait dire que je me sentirais beaucoup mieux si j'arrivais à me sentir moins bien, si j'étais capable de tordre les mouchoirs à la pelle ici sur mon banc, sans poser tout le temps ce regard en coin sur moi-même pour vérifier si mes larmes sont vraies. La vérité, et elle est pénible, c'est que la moitié du temps je suis furieuse contre lui. Foutu lâcheur, tu aurais quand même pu faire plus attention avec ton vélo. 
Et le reste du temps, je ressens probablement la même chose qu'un enfant quand son vieux canari malade a fini par rendre l'âme. Oui, je l'avoue."
...

"Me rendre sur la tombe est mon seul bol d'air, mais, même là, j'ai du mal à me dire que j'ai le droit de faire une pause et de simplement penser. Il me faut d'abord biner et planter et m'activer, avant de m'autoriser à m'asseoir."
...
"J'ai senti les coins de ma bouche s'étirer vers le haut et j'ai jeté un oeil sur Le Forestier. Et juste à cet instant, il m'a regardé. Lui aussi souriait. Et...
Impossible de décrire ce sourire-là sans plonger dans le monde merveilleux des standards de bal-musette.
Dedans, il y avait du soleil, des fraises des bois, des gazouillis d'oiseaux et des reflets sur un lac de montagne."
...
"...je me suis attaquée à la mission d'être une Epouse Epanouie. Au bout de six mois, nous avions un mariage aussi confortable qu'une paire de pantoufles qui s'est faite à vos pieds."
...
"Quand j'ai voulu payer pour nous deux, elle a dit:"Oui merci, je veux bien. C'est mon anniversaire aujourd'hui, j'ai trente-cinq ans. Ca me fera un cadeau." Pour le coup, j'ai compris deux choses.
Elle ne comptait pas avoir d'autres cadeaux.
Et j'étais tombé amoureux d'elle.
Ce n'était pas exactement un déclic. Plutôt comme quand je touche la clôture électrique sans faire gaffe."
...
"Ca ne m'a jamais intéressée de me faire des amis, dit-elle de façon très terre à terre. Tout devient tellement réciproque et compliqué. On ne se sent pas libre."
...
"J'ai un jour entendu un savant finlandais dire que normal, on ne l'est que tant qu'on n'a pas été suffisamment examiné. Pourquoi est-ce que ce serait plus fou de cartographier la vie des gens que d'observer les oiseaux?"
...
"Parfois j'ai l'impression que je suis en train d'essayer d'apprendre son corps par coeur, comme si j'avais peur qu'il disparaisse."
...
"C'est assez marrant, elle se trouve tout à fait quelconque. Moi, j'ignore totalement si elle est belle ou laide, ça n'a aucun intérêt, pourvu qu'elle reste comme elle est."
...
"Il y a peut-être dans l'air un bourdonnement d'angoisse de vieux garçon qui accueille Désirée quand elle vient me voir. Elle arrive avec des attentes, elle dresse le menton et prétend qu'elle veut seulement jouer. Petite crevette, encore fillette il y a peu de temps, sans crainte de se retrouver seule dans sa vie palpitante de citadine.
Lorsque, de plus en plus rarement, je réussis à la mettre dans mon lit, j'ai une pierre dans le ventre.
Parce qu'elle est toujours aussi vertigineusement blanche qu'avant, chaude et gracieuse, et je lui dis:
"Ce sera ta faute si je meurs avant l'heure! Les statistiques d'espérance de vie sont mauvaises pour les hommes célibataires!" Et quand elle se tortille comme une anguille dans ses efforts pour éviter de répondre, elle ne comprend pas que c'est la sonnerie du dernier acte qui retentit."
...
"Quand mes réflexions se mettent à déraper vers des choses telles que fonder une famille, je ne peux par exemple pas m'empêcher de penser à la Crevette, enceinte, avec mon enfant comme une bosse sur ce corps blanc et maigre. Etre celui qui la rend enceinte. Elle en avait tant envie.
Je comprends les gens qui ont des courts-circuits quand ils croient avoir rencontré des extraterrestres et en refoulent totalement tous les souvenirs.
D'une certaine manière, c'est trop grand pour votre image du monde, vous êtes obligé de le reconstruire. Et croyez-moi, je vais refouler la Crevette jusqu'à ce que je ne trouve même plus le chemin de la bibliothèque."

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