Block 46 - Johana Gustawsson

by - 30.12.17

Block 46 de Johana Gustawsson
"Une incommensurable tristesse venait de l'assaillir et la dévorait avec l'empressement d'un carnassier affamé."

Dans ce premier roman prometteur, Johana Gustawsson nous entraîne dans une enquête mystérieuse à cheval sur deux pays, le Royaume-Uni et la Suède, mais également en lien avec le passé, la grande Histoire, celle d'une atrocité, les camps de concentration nazis.
Un thriller historique intéressant.

Biographie

Nationalité : française 
Né(e) à : Marseille , 1978

Née en 1978 à Marseille et diplômée de Sciences Politiques, Johana Gustawsson a été journaliste pour la télévision et la presse françaises. Elle vit aujourd’hui à Londres, en Angleterre. 

Contexte de l'oeuvre

Lieu: Londres, Falkenberg en Suède, le camp de Buchenwald en Allemagne
Epoque: 2014, 1945-47
Thèmes: Meurtres | Tueur en série | Nazisme | Enquête | Expérimentations médicales


Résumé

Falkenberg, Suède. Le commissaire Bergström découvre le cadavre terriblement mutilé d’une femme.

Londres. Profileuse de renom, la ténébreuse Emily Roy enquête sur une série de meurtres d’enfants dont les corps présentent les mêmes blessures que la victime suédoise : trachée sectionnée, yeux énucléés et un mystérieux Y gravé sur le bras.

Étrange serial killer, qui change de lieu de chasse et de type de proie...

En Suède, Emily retrouve une vieille connaissance : Alexis Castells, une écrivaine pleine de charme spécialisée dans les tueurs en série. Ensemble, ces deux personnalités discordantes se lancent dans une traque qui va les conduire jusqu’aux atrocités du camp de Buchenwald, en 1944.


Mon avis 3,5/5 😃

Ce thriller nous fait voyager, de Londres à Falkenberg en Suède, jusqu'au camp nazi de Buchenwald en 1945.
J'ai adoré les mouvements de l'intrigue et le côté historique. Je ne me suis pas du tout ennuyée même si l'intrigue au passé m'a beaucoup plus passionnée que l'enquête du présent.
L'autrice ne nous épargne rien, l'horreur de la vie des camps nous est dépeinte avec réalisme et violence. 
L'écriture de Johana Gustawsson ne m'a pas émue mais je l'ai trouvé efficace, l'auteur sait magner les mots et le rythme.
L'immersion en terre suédoise est très agréable, on découvre grâce au roman un peu de culture scandinave même si cela reste assez secondaire.

J'ai bien aimé suivre l'enquête menée par l'équipe de Bergström et celle de ses homologues anglais. Ces équipes soudées mais très différentes donnent une belle originalité à ce thriller.
Les pistes suivies ne font que nous induire en erreur, l'autrice nous mène par le bout du nez.
Très lentement, au fil des pages, le brouillard se dissipe, nous avons des éléments de réponse quant à l'identité du/des tueur(s) en série et aux raisons de sa/leur folie meurtrière.
La fin est surprenante pour plusieurs raisons, la révélation finale clôture en beauté ce premier roman.

Le seul point négatif que je trouve à ce récit ce sont ces personnages.
Alexis, auteur de polars et amie proche de la victime suédoise, aide à l'enquête en sa qualité d'observatrice. Traumatisée par la perte tragique de son conjoint, elle vit dans la solitude et s'est renfermée pour se protéger de nouvelles blessures.
Malgré cela, le deuil la rattrape et sa carapace se brise, on commence alors à s'attacher à elle. Mais j'ai trouvé qu'on ne s'attardait sûrement pas assez sur son passé, sur sa passion pour l'écriture, autant de choses qui aurait donné plus de profondeur et d'humanité au personnage.
Emily est la profileuse de l'équipe, originaire du Canada, c'est une femme au fort caractère, très indépendante et toujours professionnelle. C'est une très bonne enquêtrice, la seule corde qui manque à son arc est celle de l'empathie car, comme Alexis, Emily s'est forgée une carapace d'acier. 
C'est mon personnage préféré du roman, j'ai été captivé par la force tranquille de cette femme, son mystère.
Pour ce qui est du/des tueur(s) en série, le passé est bien exploité, la psychologie bien développée. 
Les crimes sont abominables. Âmes sensibles, attention!
Les expérimentations médicales du block 46 ne sont que peu décrites, j'ai trouvé cela assez dommage car il s'agit de l'obsession du tueur, de son fantasme. 
A part ces protagonistes, les autres personnages sont assez secondaires.
Donc j'ai été pas mal frustrée par la froideur de tous ces personnages qui ne laissent transparaître que peu d'émotions, c'est aussi pour cela que je ne suis pas rentrée à fond dans l'histoire.

Un premier roman intéressant avec de nombreux atouts: une intrigue historique bien menée, des personnages intrigants et un retournement final digne de ce nom.


Block 46 de Johana Gustawsson


"Un de ses camarades de block, celui qui avait avalé son alliance lors de l'inspection d'entrée et la récupérait inlassablement dans ses excréments, avait parlé de "déshumanisation des prisonniers". Erich avait trouvé le mot bien pudique. C'était comme identifier une maladie en en ignorant les symptômes. Ils n'étaient pas seulement déshumanisés, ils étaient assoiffés, affamés, exploités, torturés, avilis. Buchenwald, c'était une douloureuse étreinte avec la Mort qui n'en finissait pas.
Dans chaque action, chaque tâche, à chaque pas.
Pourtant, Erich n'avait pas encore connu le froid. Le vent qui balayait le camp, "le souffle du diable" , était aussi mortel que le Luger du SS, avait assuré un Polonais au torse rongé d'ulcères.
Lorsqu'il évoquait l'hiver, ce gars pleurait. Il pleurait ses camarades gelés sur le sol qu'il avait dû décrocher à la pelle."

"Emily releva la tête et plongea son regard dans la mer décoiffée par le vent. Elle ne comprenait pas. Mais, si tout cela n'avait aucun sens pour elle, ça en avait pour le tueur.
Elle devait procéder comme à son habitude: des faits aux fantasmes du tueur, clé de ses crimes; du logique à l'illogique. Analyser l'oeuvre, pour comprendre l'artiste."

"Pendant une dizaine de minutes sereines, Alexis flotta dans l'univers de sa nièce, puis dans celui de son neveu, un univers douillet qui sentait bon les câlins."

"Alexis se tassa sur sa chaise, le dos courbé par la honte.
Son amie avait besoin d'une étreinte réconfortante, mais elle n'en avait pas la force. Comme si chaque main tendue risquait de faire déborder sa propre tristesse."

"Les souvenirs de la nuit fleurirent dans son esprit.
Elle secoua la tête pour les chasser avant qu'ils ne fanent, étouffés par ses peurs et ses angoisses, véritables mauvaises herbes dont elle ne parvenait pas à se débarrasser. Elle voulait recommencer.
Que Stellan lui refasse l'amour; s'abandonner à ses étreintes. L'esprit vide, le corps à l'écoute.
Le coeur... le coeur, elle s'en fichait. Elle souhaitait juste refaire ce voyage au plus près d'elle-même."

"Et, soudain, elle les entendit. Tous ces enfants. Leurs hurlements. Sombres et sauvages. Des lamentations pétries de chagrin et de désespoir.
Elle posa sa main sur celle de l'enfant qui gisait à côté d'elle, une menotte glaciale et maigre, et elle lui dit de pleurer, de pleurer avec tous les autres jusqu'à ce que la peine ne pèse plus sur son coeur, jusqu'à ce que la douleur s'évanouisse.
Elle lui dit que, maintenant, elle les entendait tous, et qu'ils n'étaient plus seuls."

"A l'image de ces arbres que le vent forçait à s'agenouiller, le corps de Père ployait sous les ans.
Erich Ebner avait fini par être contaminé par la peste grise.
La normalité l'avait rattrapé. Il en souffrait, mais il l'acceptait comme un fait inéluctable.
Il accompagnait son corps dans ce naufrage en maintenant son cerveau hors de l'eau."




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