Le Poète - Michael Connelly

by - 9.12.17

"Une trame romanesque complexe et remarquablement construite, des personnages ambigus, pour aboutir à une suite de revirements qui laissent le lecteur terrifié."


J'avais très hâte de découvrir ce thriller de Michael Connelly, apparemment un des grands classiques du genre. 

Biographie de l'auteur

Nationalité : américaine
Né(e) à : Philadelphie , le 21/07/1956

Michael Connelly déménage avec ses parents en Floride en 1968. Il se marie et a une fille en 1997. Il est diplômé de l'Université de Floride, avec un bachelor's degree en journalisme en 1980. 
Il travaille ensuite comme journaliste à Daytona Beach et Fort Lauderdale (Floride). 
En 1986, il est le co-auteur d'un article sur les rescapés d'un crash d'avion, qui figure parmi les finalistes pour le Prix Pulitzer, ce qui lui permet de devenir chroniqueur judiciaire pour le Los Angeles Times. Ses reportages sur les émeutes de Los Angeles en 1992 sont également remarqués et reçoivent le Prix Pulitzer (qu'il partage avec d'autres journalistes associés à ses reportages).
Il se lance dans la carrière d'écrivain en 1992 avec "Les Égouts de Los Angeles", son premier polar, où l'on découvre le personnage de Harry Bosch, inspecteur du LAPD (Los Angeles Police Department), le héros récurrent de la plupart des romans suivants. Il reçoit pour ce livre le prix Edgar du meilleur premier roman policier
Il abandonne le journalisme en 1994. 
Il écrit par la suite environ un roman par an, en obtenant régulièrement un succès en librairie. 
Son roman "Le Poète" reçoit le prix Mystère en 1998 et "Créances de sang" le grand prix de la littérature policière.
Ayant quitté Los Angeles, il vit depuis 2001 à Tampa, en Floride.
Parmi les romans ne mettant pas en scène Harry Bosch, "Créance de sang" est adapté au cinéma en 2002 par Clint Eastwood, qui y incarne Terry McCaleb, un ex-agent du FBI. 
Dans son roman "La Défense Lincoln", il aborde le roman procédural qui lui permet d'utiliser son expérience passée de chroniqueur judiciaire. Ce livre est également adapté au cinéma en 2011, dans un film du même nom avec Matthew McConaughey dans le rôle d'un avocat. 

Contexte de l'oeuvre

Lieu: Etats-Unis, Denver, Los Angeles, Quantico
Epoque: fin des années 90
Thèmes: Tueur en série | Police | Enquête | Journalisme | Pédophilie | FBI

Résumé

Chroniqueur judiciaire au Rocky Mountain News, Jack McEvoy ne peut croire au suicide de son frère jumeau. Inspecteur de police, Sean ne serait pas parvenu à résoudre le mystère du meurtre d’une jeune femme retrouvée coupée en deux, et ne l’aurait pas supporté. S’il s’est bien tiré une balle dans la bouche comme le font les policiers dépressifs, que vient faire ce Hors de l’espace, hors du temps d’Edgar Allan Poe écrit sur le pare-brise de sa voiture? Et pourquoi Rusher, un indic qu’il devait voir ce jour-là, reste-t-il introuvable?En s’immisçant dans une base de données du FBI pour les besoins d’un article, McEvoy découvre avec stupéfaction que beaucoup de policiers se suicident et que le FBI mène l’enquête sur la mort de son frère. Il comprend alors que cette affaire est en passe de lui fournir son plus gros scoop sur des meurtres en série.Mais il pressent aussi qu’il est devenu la prochaine cible du suspect, un certain William Gladden, membre d’un réseau de pédophiles qui a, jusqu’à présent, toujours réussi à tromper les plus fins limiers lancés à ses trousses…


Mon avis 4/5 💓

Ce thriller de presque 800 pages a été une très bonne lecture. L'intrigue est captivante, pleine de rebondissements. 
La construction narrative est magistrale, originale et bien menée.

L'intrigue débute à Denver où Jack McEvoy se retrouve confronté au suicide mystérieux de son frère jumeau. Il doit accompagner les policiers chez sa belle-soeur pour lui annoncer la terrible nouvelle.
Mais Jack ne croit pas à la version officielle et décide de creuser, nous sommes alors plongés dans les coulisses du journal local où il travaille puis à Quantico où notre protagoniste sera intégré à une équipe d'enquêteurs du FBI en qualité d'observateur.

J'ai été fasciné par l'univers policier décrit par Michael Connelly, on en apprend beaucoup sur les recherches menées en termes de crimes violents et de tueurs en série. C'est passionnant.
On y rencontre notamment Rachel, profileuse au FBI, spécialiste des portraits de tueurs.
Elle et Jack auront une brève relation, malheureusement compromise par les traumatismes de nos deux personnages.
Le travail d'équipe, les indices et suppositions évoquées par chacun au fur et à mesure de l'enquête, permettent aux lecteurs de se prêter au jeu de l'énigme, bien rusé sera celui qui saura découvrir le fin mot de l'histoire.
J'ai adoré le personnage principal Jack McEvoy, sa ténacité et son intelligence m'ont séduite. J'étais également ravie qu'il s'agisse d'un journaliste, découvrir le monde des tueurs en série en même temps que lui était d'autant plus intéressant tout comme l'immersion dans son milieu professionnel, celui des médias.
Le récit est sombre, les personnages charismatiques et tourmentés.

Nous suivons en parallèle les enquêteurs et William Gladden, membre d'un réseau pédophile. L'immersion dans la psyché de Gladden est intéressante, surtout quand on en apprend plus sur son passé. J'ai beaucoup apprécié découvrir ces deux intrigues en parallèle, l'auteur ne nous donne des informations qu'au compte goutte jusqu'au final, et gare aux intox!

L'auteur n'épargne pas le milieu journalistique et policier (FBI inclus), il dépeint avec cynisme et réalisme la réalité du terrain et des enquêtes. La plongée dans ces univers a été un vrai bonheur.
Autre grand plaisir pour moi, le récit prend place dans une dizaine de villes et de lieux différents, j'ai adoré suivre le périple des enquêteurs, je ne me suis pas ennuyée une seconde.

J'ai trouvé l'idée des vers d'Edgar Allan Poe découverts sur chaque lieu de crime originale même si, en définitive, cela n'a pas grand sens. J'ai été un peu déçue du manque de profondeur du criminel mais surprise par son identité.

Michael Connelly possède une écriture et un rythme très efficaces, il aime tromper le lecteur en le menant par le bout du nez, ça a marché avec moi. Alors qu'à de multiples reprises, je pensais avoir enfin trouvé la clef du mystère, le coupable, je n'ai eu la vérité sous les yeux qu'à la toute fin du roman.


En conclusion, une oeuvre riche et complexe où plusieurs intrigues s'entremêlent, des personnages surprenants et une fin ouverte glaçante.

Livre disponible ici


Le Poète de Michael Connelly


"Mon frère m'avait expliqué un jour sa théorie du seuil limite. Chaque flic, disait-il, possédait une limite, mais cette limite lui était inconnue jusqu'à ce qu'il l'atteigne. Sean parlait des cadavres. Il était persuadé qu'un flic ne pouvait en supporter qu'un certain nombre et que ce nombre variait en fonction de chacun. Certains atteignaient rapidement la limite. D'autres assistaient à vingt morts violentes sans même l'approcher. Mais pour tout le monde, il y avait un seuil. Et quand celui-ci était atteint, c'était fini. On demandait sa mutation aux archives, ou on rendait son insigne: il fallait que ça change, car on ne se sentait plus coupable de voir un cadavre de plus."

"Le sourire sur le visage de Riley dura environ trois secondes. Avant d'être immédiatement remplacé par une expression de terreur sortie du tableau de Munch. Le cerveau est un ordinateur étonnant.
Trois secondes pour regarder trois visages à sa porte et on sait que son mari ne reviendra jamais à la maison. IBM ne pourra jamais rivaliser."

"-Des ghettos verticaux, les uns à côté des autres. John et moi, on disait toujours que c'était le seul endroit où il fallait prendre l'ascenseur pour monter en enfer."

"L'homme tombe parfois incroyablement, passionnément amoureux de la souffrance.
Ce n'est pas moi qui ai écrit cela le premier, et je le regrette. Mais peu importe, car je le crois.
Ma souffrance est ma passion, ma religion. Jamais elle ne m'abandonne. Elle me guide.
Elle est moi. Je m'en aperçois maintenant. Ces mots signifient, je pense, que notre douleur est le chemin sur lequel s'accomplissent les voyages et les choix de notre vie.
Elle jalonne notre route, si l'on peut dire, pour tout ce que nous faisons et devenons.
Voilà pourquoi nous l'accueillons à bras ouverts.
Nous l'étudions et, malgré toute sa cruauté, nous l'aimons. Nous n'avons pas le choix."

"Tout a une cause. Parfois, la cause est plus haïssable que la conséquence, pourtant, c'est souvent la conséquence qu'on abomine."

"La nuit, le fantôme qui me hante le plus est le mal enfoui en moi qui me conduisit un jour à douter de la chose dont j'avais le plus envie."

"Mais ce n'est que des détails, et nullement des réponses. Des morceaux de l'étoffe plus large d'une personnalité qu'on pouvait seulement deviner.
Je n'avais pas oublié ce que m'avait dit Rachel un jour. C'était comme essayer d'assembler un miroir brisé: chaque morceau reflète une partie du sujet, mais si le sujet bouge, son reflet aussi."

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