Grossir le ciel - Franck Bouysse

Grossir le ciel de Franck Bouysse

"Et après tout, qu'est-ce qu'il aurait fait d'un tas d'argent? Personne ne peut repeindre un ciel d'hiver avec. Alors, quoi?"

Dernier thriller lu dans le cadre de mon challenge Black November, j'ai eu une très belle surprise en lisant ce roman, je n'en attendais pas grand chose et j'ai été complètement subjuguée par ce livre.

Biographie de l'auteur

Nationalité : française
Né(e) à : Brive la Gaillarde , le 05/09/1965

Franck Bouysse est enseignant en Biologie à Limoges. Il voue depuis longtemps une passion pour la lecture de romans noirs, thrillers, une passion qui le pousse à écrire lui-même.

En 2004, il publie un premier roman "La paix du désespoir" aux Éditions Le Manuscrit, roman dans lequel il s'attache déjà à la psychologie de ses personnages. Il récidive quelques années plus tard, en 2007, avec son premier roman noir "L'entomologiste" qui est publié chez un éditeur limougeaud Lucien Souny. 

Dès 2008, paraît "Le Mystère H.", chez Les Ardents Éditeurs, jeune maison d'éditions de Limoges. Avec ce titre, il entame une trilogie avec un "roman d'aventure qui revisite les grands mythes des romans noirs autour de la figure énigmatique du personnage de H.". L'intrigue se situe à la fois dans les villes de Limoges et... à Londres, où se déroule plus précisément le second opus paru en mars 2010, "LHondres ou les ruelles sans étoiles". 

"Grossir le ciel" obtient de nombreux prix: le Prix Polar Michel-Lebrun 2015, le Prix Polars Pourpres 2015, le Prix des lecteurs de Villeneuve-Lez-Avignon 2015, le Prix sud-ouest du polar (Gradignan) 2016 et le Prix SNCF du polar 2017

"Plateau", lui, reçoit le Prix Chapel (Belgique) 2016
et le Prix des lecteurs de la ville de Brive 2016.

Contexte de l'oeuvre

Lieu: Lieu-dit Les Doges, au fin fond des Cévennes
Epoque: contemporaine
Thèmes: Secrets | Famille | Voisinage | Campagne | Meurtre

Résumé

Les Doges, un lieu-dit au fin fond des Cévennes. C’est là qu’habite Gus, un paysan entre deux âges solitaire et taiseux. Ses journées : les champs, les vaches, le bois, les réparations. Des travaux ardus, rythmés par les conditions météorologiques. La compagnie de son chien, Mars, comme seul réconfort. C’est aussi le quotidien d’Abel, voisin dont la ferme est éloignée de quelques mètres, devenu ami un peu par défaut, pour les bras et pour les verres. Un jour, l’abbé Pierre disparaît, et tout bascule : Abel change, des événements inhabituels se produisent, des visites inopportunes se répètent.
Un suspense rural surprenant, riche et rare. 
  


Mon avis 4,5/5 💓

Un thriller très court qui vous tient en haleine de bout en bout, la tension est omniprésente.
L'écriture de Franck Bouysse est d'une beauté et d'une originalité incroyable, j'ai adoré sa plume.
Pourtant, après ma lecture pénible du Chant du monde de Jean Giono, je redoutais beaucoup les romans champêtres, campagnards, ayant peur que ce soit en partie cela qui m'ait déplu.
Mais je me trompais, car ici, le charme opère, l'auteur, avec mystère et caractère, nous plonge dans un monde austère mais terriblement captivant.
Les personnages sont sombres et recherchés, l'ambiance du récit terriblement énigmatique.
L'auteur nous offre une fin spectaculaire, après de grandes révélations.

Je vous recommande très chaleureusement cette lecture, un petit bijou du roman noir.

Grossir le ciel de Franck Bouysse


"C'était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l'endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d'attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passé par ce coin paumé des Cévennes.
Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l'année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le coeur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles."

"Il est vrai que, quand on passe les quatre-vingt-dix, on devient important, juste parce qu'on est très vieux. Un genre de performance."

"La tristesse tomba sur lui sans prévenir. Il était abattu comme quelqu'un qui réalise avoir perdu quelque chose avec quoi il vivait sans y prêter attention. Quelque chose qui devient plus important quand on l'a perdu que quand on l'a sous le nez tous les jours, car on finit par ne plus y faire attention."

"L'animal lui donnait de l'importance, une sorte de signifiance de sa propre existence, qui minimisait sa solitude en quelque sorte."

"Il faut dire que les enfants ça n'a pas de pitié en eux, ils appuient sur la tête des plus faibles pour ne pas se deviner. 
Depuis ce temps-là, Gus n'aimait pas vraiment les gens et, quand il réfléchissait à ce qu'ils avaient en commun, eux et lui, il les aimait encore moins.
Ces fragments d'enfance remontaient à la surface comme des corps sans vie gorgés d'eau, et ça n'était visiblement pas prêt de s'arrêter."

"Les gens sans opinion n'intéresse personne, et Gus avait le sentiment d'être ce genre de personne-là, une colline bien arrondie, plutôt qu'une montagne escarpée."

"Ici, les lignées, elles s'éteignent toutes les unes après les autres, comme des bougies qui n'ont plus de cire à brûler. C'est ça le truc, la mèche, c'est rien du tout s'il n'y a plus de cire autour, une sorte de pâte humaine, si bien que l'obscurité gagne un peu plus de terrain chaque jour ; et personne n'est assez puissant pour contrecarrer le projet de la nuit."

"Il se fit réchauffer du café dans une casserole, patientant devant le fourneau pour ne pas qu'il bouille. La mémé disait toujours qu'un café bouillu, c'était un café foutu, le genre de leçon qui ne s'oublie pas. Gus pensait que c'était décidément une drôle de journée, avec tous ces souvenirs qui s'amenaient, comme des vols de corneilles sorties du brouillard. Des souvenirs dont on ne sait jamais où ils mènent, ni même si ça fait du bien de les avoir, mais qui ressurgissent et s'imposent, sans crier gare."





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